Un Trésor Agricole aux Portes des Marchés Mondiaux
Le Bénin dispose d’un atout agricole remarquable et encore sous-exploité : l’ananas Pain de Sucre. Reconnu pour ses qualités organoleptiques exceptionnelles et protégé par une Indication Géographique Protégée (IGP) depuis 2020, ce fruit incarne le potentiel du Bénin à s’imposer durablement sur les marchés internationaux. Pourtant, la filière n’exporte aujourd’hui qu’une infime partie de sa production. Décryptage.
Une filière en pleine croissance
Avec 477 428 tonnes produites en 2023, contre 374 601 tonnes en 2018, la production d’ananas au Bénin affiche une progression constante. Le pays se positionne au 4e rang des producteurs africains, représentant environ 8 % de la production continentale.
Cette dynamique repose sur un terroir bien délimité. Près de 98 % de la production nationale est concentrée dans le Sud-Bénin, dans les communes de Zè, Abomey-Calavi, Allada, Tori-Bossito, Toffo, Kpomassè et Ouidah — des zones bénéficiant de conditions climatiques et pédologiques idéales pour la culture de l’ananas.
L’IGP Pain de Sucre : un différenciateur stratégique
L’obtention de l’Indication Géographique Protégée (IGP) en 2020 constitue un tournant majeur pour la filière. Cette certification européenne garantit l’origine et la qualité du Pain de Sucre béninois, le distinguant nettement des autres variétés présentes sur les marchés internationaux.
Le Pain de Sucre se distingue par une chair fondante, une faible acidité et une richesse en sucres naturels — des attributs très recherchés par les consommateurs européens et asiatiques. Cette typicité, désormais protégée et valorisée, ouvre la voie à une exportation à plus forte valeur ajoutée.
Un potentiel d’exportation encore largement inexploité
Le constat est saisissant : seulement 2 % de la production nationale est actuellement exportée vers l’Union Européenne. Pourtant, le volume disponible pour l’exportation est estimé à environ 200 000 tonnes. L’ananas béninois commence aussi à percer sur le marché chinois, marché à fort potentiel de croissance.
Plusieurs facteurs expliquent cet écart entre production et exportation :
- La faible capacité logistique et de groupage des volumes
- Les pertes post-récolte dues à un manque d’infrastructures de stockage et de transformation
- Le faible niveau de structuration de la filière autour des exigences des marchés cibles
- Les impacts des changements climatiques sur la régularité et la qualité des récoltes
Des leviers concrets pour accélérer l’exportation
Pour transformer ce potentiel en réalité économique, plusieurs leviers doivent être activés simultanément :
- Renforcer la logistique de collecte et d’agrégation des volumes au niveau des zones productrices
- Développer des unités de transformation locale (jus, conserves, ananas séché) pour réduire les pertes et diversifier les débouchés
- Structurer et certifier la production autour des exigences des marchés européens et asiatiques (traçabilité, normes phytosanitaires)
- Capitaliser sur l’IGP pour une stratégie de marque forte à l’international
L’ananas Pain de Sucre du Bénin n’est pas seulement un produit agricole : c’est un ambassadeur du savoir-faire béninois. Avec 477 000 tonnes produites, une IGP en poche et des marchés en demande, les conditions sont réunies pour faire de l’ananas béninois une filière d’exportation de premier plan. Il reste à franchir le pas décisif : structurer, organiser, et agir.

